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Confidentialité en pratique : ce que les apps de compagnon stockent vraiment (et les réglages à vérifier)

Les applications de compagnons virtuels promettent une expérience “plus humaine” grâce à la mémoire : elles se souviennent de votre ton, de vos préférences, parfois de détails personnels, et rendent la conversation plus cohérente. Mais, du point de vue GDPR, cette “mémoire” n’est pas une magie romantique : c’est un ensemble de données stockées, recoupées et parfois partagées avec des prestataires (paiement, analytics, anti-fraude). Comprendre ce qui circule réellement — et comment limiter l’exposition — est la meilleure manière de profiter d’un service comme Joi sans transformer vos échanges en dossier numérique durable.

1) “Mémoire” : de quoi parle-t-on vraiment ?

Quand une plateforme dit “je me souviens”, cela peut recouvrir plusieurs couches :

  • Mémoire conversationnelle : ce qui a été dit (ou résumé) dans le chat, et les éléments que le système retient pour être cohérent.
  • Mémoire produit : vos réglages (langue, style, thèmes, limites), historique d’utilisation, préférences de contenu.
  • Mémoire technique : identifiants de session, appareil, adresses réseau, journaux de sécurité.
  • Mémoire commerciale : abonnement, facturation, statut de paiement, tickets support.

Le point clé GDPR : même si vous ne tapez jamais votre nom, la plateforme peut souvent relier vos dialogues à un compte, un appareil et une chronologie d’activité. La vie privée ne se joue pas seulement dans “le texte”, mais dans la métadonnée qui l’entoure.

2) Les données qui “fuient” le plus souvent (ou circulent le plus)

Sans dramatiser, il existe des catégories qui se retrouvent fréquemment dans les incidents de confidentialité, les partages avec prestataires ou les collectes excessives.

a) Identifiants

  • Identifiant de compte (email, numéro, pseudonyme, ID interne)
  • Identifiants d’appareil (type, modèle, OS, ID publicitaire selon configuration)
  • Adresse IP et informations réseau (souvent nécessaires pour la sécurité)
  • Cookies/jetons de session (web)

Risque typique : corrélation. Même si le contenu du chat reste “anonyme”, ces identifiants peuvent permettre de relier une activité à une personne, surtout si l’email est utilisé ailleurs.

b) Paiements

  • Statut d’abonnement (actif/inactif), type d’offre
  • Factures/reçus, historique de transaction
  • Informations gérées par un prestataire de paiement (souvent séparé du service)

Risque typique : traces durables. Les données de facturation peuvent être conservées pour des obligations comptables/fiscales, même si vous supprimez le compte.

c) Télémétrie (analytics)

  • Horaires d’utilisation, durée des sessions, fréquence
  • Écrans consultés, clics, parcours dans l’application
  • Événements (inscription, achat, rétention)
  • Éventuellement localisation approximative (selon paramètres système)

Risque typique : profilage comportemental. Ce n’est pas “le secret de vos messages”, mais c’est souvent ce qui permet de déduire des habitudes très intimes (heures de solitude, pics d’anxiété, routine nocturne, etc.).

d) Le contenu lui-même (et ses dérivés)

  • Texte brut, images/inputs si la plateforme en accepte
  • Résumés automatiques, tags, “faits” extraits (préférences, centres d’intérêt)
  • Signalements/modération (extraits consultés par support ou systèmes de sécurité)

Risque typique : la “donnée dérivée”. Vous supprimez un message, mais un résumé ou un “fait mémorisé” peut rester si la plateforme ne synchronise pas correctement la suppression entre couches.

3) GDPR : les principes à garder en tête (version utile)

Le GDPR ne dit pas “ne collectez rien”. Il dit essentiellement : collectez le minimum, expliquez pourquoi, protégez correctement, et donnez à l’utilisateur des droits réels.

Repères pratiques :

  • Transparence : vous devez pouvoir comprendre ce qui est collecté et à quelles fins.
  • Minimisation : pas besoin de collecter plus que nécessaire pour faire fonctionner le service.
  • Limitation de conservation : des durées de stockage raisonnables, pas “pour toujours”.
  • Sécurité : mesures techniques et organisationnelles (chiffrement, contrôle d’accès, journaux, etc.).
  • Droits : accès, rectification, effacement, portabilité, opposition, limitation.

4) Le vrai danger : la combinaison “émotion + persistance”

Un compagnon virtuel (Joi, mais aussi d’autres plateformes de type Replika, Character.AI, Kindroid, etc.) n’est pas qu’un produit de contenu : c’est un produit d’attachement. Or, plus la conversation est intime, plus le risque en cas de fuite est élevé. Le risque principal n’est pas seulement qu’un message se retrouve exposé, mais que votre historique puisse révéler :

  • vulnérabilités émotionnelles,
  • habitudes de vie,
  • sexualité ou intimité,
  • santé mentale (même indirectement),
  • situations de couple, conflits, etc.

C’est pourquoi l’hygiène de confidentialité doit être plus stricte que pour une simple appli de divertissement.

5) Check-list utilisateur : minimiser les risques en 15 minutes

Voici une liste concrète, applicable à Joi et à des plateformes similaires, sans présumer que chaque option existe partout (cherchez l’équivalent dans les réglages).

A. Avant d’écrire des choses personnelles

  1. Pseudonyme : évitez le prénom/nom réel dans le profil.
  2. Évitez les identifiants : adresse, lieu de travail, numéros, détails trop précis.
  3. Séparez vos univers : idéalement, une adresse email dédiée si vous tenez à cloisonner.

B. Réglages à vérifier dans l’app

  1. Mémoire activée/désactivée : existe-t-il un interrupteur “mémoire” ou “souvenirs” ? Peut-on l’effacer ?
  2. Suppression des conversations : suppression par chat ? suppression globale ? est-ce immédiat ?
  3. Effacement des “faits mémorisés” : y a-t-il une page “ce que l’IA sait de moi” ?
  4. Téléchargement/Export des données : est-ce proposé (utile pour savoir ce qui est stocké) ?
  5. Consentements analytics : options de mesure, personnalisation, partage avec partenaires.
  6. Notifications : éviter les aperçus de contenu sur écran verrouillé.
  7. Support/Signalement : que se passe-t-il quand on contacte le support ? des extraits sont-ils copiés ?

C. Paiement et facturation

  1. Canal de paiement : si vous passez par un store, vos données de paiement restent surtout côté store ; si paiement direct, lisez la section “facturation”.
  2. Historique de reçus : sachez que cela peut persister même après suppression du compte.
  3. Limites : surveillez les renouvellements automatiques et les niveaux d’abonnement.

D. Sécurité du compte

  1. Mot de passe unique : pas le même que vos autres comptes.
  2. Authentification renforcée : si disponible, activez-la.
  3. Vérifiez l’appareil : si vous partagez un téléphone/tablette, utilisez un verrouillage solide.

6) “Supprimer” ne veut pas toujours dire “disparaître”

Un point souvent mal compris : en pratique, une suppression peut être :

  • logique (n’apparaît plus dans l’interface),
  • différée (purge ultérieure),
  • partielle (le texte disparaît, mais des journaux techniques restent),
  • limitée par obligations légales (factures, lutte contre la fraude).

La bonne approche : chercher, dans les paramètres ou l’aide, la différence entre suppression de conversation, réinitialisation de la mémoire, et suppression du compte. Si vous ne trouvez pas, considérez que la plateforme peut conserver des traces minimales.

7) Exemples de questions “à se poser” (Joi et autres)

Sans entrer dans des promesses spécifiques, voici les questions qui séparent une plateforme “mature GDPR” d’une plateforme “opaque” :

  • Puis-je désactiver la mémoire, ou la gérer finement ?
  • Puis-je effacer des éléments mémorisés sans supprimer tout mon historique ?
  • Les réglages d’analytics sont-ils clairs (opt-out réel) ?
  • La suppression du compte est-elle simple et réversible uniquement si je le veux ?
  • Les informations sur les prestataires (paiement, analytics) sont-elles expliquées ?

Utiliser un compagnon virtuel peut rester une expérience légère et positive, à condition de traiter la confidentialité comme un réglage de base, pas comme une pensée après coup. Le réflexe GDPR le plus utile est simple : partager moins, contrôler plus, supprimer mieux. En appliquant la check-list (pseudonyme, limites sur les détails sensibles, contrôle de la mémoire, gestion de l’analytics, sécurité du compte), vous réduisez fortement les risques tout en gardant l’essentiel : une conversation agréable, personnalisée, et sous votre contrôle.

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