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[ANALYSE] Face à Playstation, Xbox veut s’offrir une victoire à la Pyrrhus

Les Xbox Series de Microsoft affronteront dès novembre la Playstation 5 de Sony. Mais pour s’imposer face à la toute-puissance de l’entreprise japonaise, Xbox n’a d’autre choix que de déconstruire l’industrie du jeu vidéo.

Le milieu du jeu vidéo est-il en train de basculer ? Après la tonitruante conférence de Sony en juin, et les multiples ratés de Microsoft (la présentation d’Halo Infinite, le manque de jeux exclusifs…), on pensait la prochaine génération de consoles (Playstation 5 versus Xbox Series X) pliée. Mais petit à petit, la communication de Sony s’est érodée. Trop lente, pas assez tranchée, elle s’est finalement délitée à l’annonce du rachat de Bethesda par Xbox.

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Illustration de Gamespot

Bethesda, la poule aux oeufs d’or de Microsoft

L’éditeur, fort de licences mythiques (The Elder Scrolls, Fallout, Doom, Dishonored…), pourrait très bientôt faire les beaux jours des consoles de la firme américaine, en livrant une pluie d’exclusivités définitives… ou pas, selon le bon vouloir de Phil Spencer, patron de Xbox, qui a annoncé qu’elles arriveront “au cas par cas” sur les autres consoles. Pour l’instant, retenons surtout que ces titres débarqueront à coup sûr sur le Gamepass, qui fait les choux gras de la firme de Redmond depuis désormais deux ans. Le service, qui propose dans sa version Ultimate un catalogue d’une centaine de jeux à télécharger pour seulement 12,99 euros par mois, a engrangé pas moins de 15 millions d’abonnés, grâce à une spectaculaire hausse de 50% des souscriptions en seulement cinq mois.

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En bref, un rachat qui fait office de poule aux oeufs d’or pour Microsoft, qui s’assure, d’une, le soutien de nombreux gamers et de deux, la venue d’un public moins enclin à dépenser des milles et des cents dans le jeu vidéo.

Un Sony affaibli mais…

Face à la marque américaine, la firme japonaise Sony semble s’être reposée sur ses lauriers. Lorsque Microsoft propose un tarif ultra agressif pour un catalogue complet d’exclusivités et de jeux tiers, Sony vend ses futures productions à 80 euros. Oui, 80 euros, soit 10 euros de plus que durant la génération PS4. Lorsque Microsoft offre une rétrocompatibilité totale de sa ludothèque depuis la première Xbox, Sony assure un vague “99% des jeux PS4 seront lisibles sur PS5”. Sans plus de précision, et en annonçant un remaster de Spider-Man payant. Et enfin, lorsque Microsoft rachète Bethesda, Sony ne réagit pas, se contentant de maigres exclusivités temporaires qui, dans l’esprit des gamers, ne suffisent pas.

Et pourtant. Les précommandes de Playstation 5 et de Xbox Series sont officiellement ouvertes et, selon les dernières statistiques, Sony commet un massacre. Rien qu’en Pologne, la PS5 aurait été précommandée à 40.000 copies, contre… 330 Xbox Series X, d’après des sources qui se sont confiées sur Neogaf. Les deux consoles sont en tête des ventes sur pratiquement toutes les branches d’Amazon, même japonaises, sans que l’on sache exactement les stocks disponibles – mais se voiler la face ne sert à rien : la Playstation 5 va se vendre bien plus que sa concurrente, du moins au lancement.

Cette popularité inhérente à Sony, qui le poursuit depuis l’annonce de sa première Playstation 1, est un coup d’arrêt pour Microsoft depuis son entrée sur le marché des consoles. Rien n’y fait, pas même les milliards dépensés : la feue entreprise de Bill Gates reste derrière, éternellement.

Déconstruire pour mieux régner

Pour se défaire de la main mise de Sony, Microsoft n’a d’autre solution que de déconstruire son modèle, imposé au fil des années. Et c’est une conception très subjective de la tactique de MS mais, à mon humble avis, la firme de Satya Nadella tente d’obtenir une victoire à la Pyrrhus. Plutôt que de combattre la marque japonaise sur son propre terrain, celui des productions “AAA”, celui des jeux solos exclusifs, celui, en somme, de la tradition, où la propriété est reine et l’expérience de salon impératrice, Microsoft ne cesse de tenter de modifier l’industrie à sa guise, déboursant ses dollars pour innover ou, tout simplement, priver la concurrence.

Dès la Xbox Original, Microsoft frappait un grand coup dans la fourmilière en proposant le Xbox Live, un service en ligne révolutionnaire mais… payant. La Dreamcast de Sega, elle aussi, proposait du online sur certains jeux mais n’était pas aussi performante dans le domaine que Xbox. Ce qui a donné lieu, de fait, aux mythiques Halo 1 et 2 mais surtout à la naissance des DLC : contre une certaine somme d’argent, de nouvelles cartes et / ou armes s’ajoutaient dans les modes multijoueurs du titre. Face à ces deux “innovations”, aujourd’hui considérées comme de véritables plaies par les joueurs du monde entier, les joueurs Xbox ont crié au génie et se sont, en majorité, précipités vers elles en raison de leur fraîcheur.

La Xbox 360 a démocratisé la notion “d’exclusivités temporaires” (une pratique elle aussi décriée). Avec Bioshock, notamment, qui a marqué l’univers du jeu vidéo. Ce n’est qu’un an et quelques mois après sa sortie sur X360 qu’il débarque sur PS3. Le prix du Xbox Live a augmenté.

La Xbox One, de son côté, a été déterminante dans la stratégie de la firme dirigée par Phil Spencer. C’est lors de cette génération, signe de cuisant échec pour Microsoft, que la notion d’exclusivité a été annihilée sur Xbox : tous les jeux produits par les studios appartenant à l’entreprise ont été portés sur PC. Certains, comme les derniers Gears Tactics et Flight Simulator, sont même sortis en avance sur PC, avant d’être portés sur Xbox ! Un comble, lorsque l’on sait tout ce qu’ont investi les joueurs consoles dans les productions de la firme.

Le Gamepass, une menace qui plane sur l’industrie

Aujourd’hui, Microsoft adopte une nouvelle tactique, la plus destructrice de toutes, sans doute la plus efficace : le Gamepass. Comme dit plus haut, le service propose un très fort catalogue à un prix plutôt modeste – 13,99 euros par mois dans sa version Ultimate, qui offre aussi le Xbox Live Gold. Le souci, c’est que le Gamepass supprime la notion même de propriété : une fois l’abonnement consommé, et plus renouvelé, les joueurs se retrouvent sans jeux. Un modèle à la Netflix que les plus hardcore des gamers ont d’ores et déjà du mal à concevoir.

Avec son Gamepass, Xbox souhaite aussi abattre le marché du matérialisé : seules les versions dématérialisées, sans boîtes ni Blu-Ray (qui appartient à Sony et oblige Microsoft à payer des royalties, d’ailleurs !), sont disponibles sur le Gamepass. Ce qui entraîne ainsi des réductions de coûts. À terme, et suivant le succès de MS face à Sony, cela signifierait aussi la fin du marché de l’occasion et, plus amplement, des revendeurs spécialisés (Micromania en tête). Un constat qui trouve aussi écho dans le xCloud, un service de streaming lui aussi inclus dans le Gamepass Ultimate, et qui permet de jouer sur son portable Android, notamment. Microsoft pourrait alors totalement se passer de ses machines dès l’arrivée et la démocratisation de la 5G, favorisant le streaming et le Cloud.

Enfin, le modèle économique du Gamepass, malgré l’immense bourse de Microsoft, pourrait s’avérer être un frein dans la qualité des titres qui y sont proposés – les exclusivités Microsoft en tête. Si Sony propose ses productions à 80 euros, c’est pour rentabiliser le coût de production devenu gigantesque. Quand un The Last of Us 2 avance une expérience quasi-photoréaliste, c’est que le développement a coûté au moins 100 millions de dollars, si ce n’est plus, sans compter les coûts marketing. À titre de comparaison, Red Dead Redemption 2 aurait coûté 944 millions de dollars (!) selon VentureBeat ! D’où les tarifs, qui s’élèveront pour la prochaine génération à 80 euros. 13,99 euros par mois pour 15 millions d’utilisateurs suffiront-ils à rentabiliser un catalogue de jeux AAA constamment renouvelés ? Rien n’est moins sûr.

En somme, Microsoft a pour objectif de dénaturer l’industrie toute entière pour s’imposer, enfin. Mais comme écrit plus haut, les principales nouveautés mises en place par la firme sont aujourd’hui largement décriées. Faut-il tomber dans le tout nouveau tout beau Gamepass, avec son prix canon, au risque de le regretter plus tard ? Le choix est vôtre.

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