Avec le mot “fintech” (contraction de “finance” et de “technologie”), on parle des réalités que chacun côtoie au quotidien désormais. Payer ses courses avec son téléphone, ouvrir un compte bancaire depuis une application, investir quelques euros en bourse sans passer par un conseiller, etc. Tout cela, c’est possible grâce à la convergence entre services financiers et outils numériques. En 2026, plusieurs innovations du secteur atteignent leur maturité réglementaire, tandis que d’autres encore esquissent des promesses qu’il faudra confirmer. Faisons le point sur cinq tendances qui méritent l’attention.

1. Les vouchers prépayés : payer en ligne sans carte bancaire
Les vouchers prépayés offrent une solution simple quand il est question de régler un achat sur internet sans donner de coordonnées bancaires. On procède en deux étapes : acheter un code en bureau de tabac ou en supermarché, puis saisir ce code sur un site marchand au moment du paiement. En France, c’est Cashlib, Neosurf et Paysafecard qui dominent ce marché.
Ces trois acteurs fonctionnent sur le même modèle : tout part d’un coupon d’une valeur choisie (10, 20, 50 ou 100 euros selon les points de vente), qui donne un code à 16 chiffres imprimé sur un ticket, que l’on renseigne dans la foulée comme moyen de paiement chez un marchand en ligne. En somme, le voucher fonctionne comme une enveloppe budgétaire numérique : une fois le crédit épuisé, impossible de dépenser davantage sans en racheter un.
Pour les commerçants en ligne, accepter les vouchers présente un avantage concret : élargir leur clientèle aux personnes qui n’ont pas de carte bancaire ou qui hésitent à l’utiliser sur internet. Les frais prélevés par les émetteurs de vouchers restent comparables à ceux des cartes bancaires. Cela explique l’intérêt de nombreux sites marchands, notamment dans les secteurs du divertissement numérique et des jeux en ligne.
C’est le cas par exemple des casinos en ligne, ces plateformes qui proposent les mêmes jeux que leurs équivalents traditionnels sur un ordinateur ou un smartphone : machines à sous virtuelles, tables de roulette, blackjack, poker et autres jeux de hasard accessibles à toute heure. Un nombre croissant d’opérateurs accepte les dépôts en Cashlib notamment.
Pour faire simple, l’avantage d’un site de casino Cashlib est qu’il épargne au joueur les frictions bien connues avec les banques traditionnelles. Pour des raisons prudentielles, les banques se montrent en effet méfiantes quant aux transactions SEPA de leurs clients avec les opérateurs de jeux. Appel d’un conseiller, suspension d’un virement, et même annulation parfois !
Signalons que côté sécurité, le code à 16 chiffres ne peut être utilisé qu’une seule fois, et le système vérifie instantanément sa validité auprès de l’émetteur. Si le montant de l’achat est inférieur à la valeur du voucher, le solde reste disponible pour un prochain paiement sur le même site ou sur un autre site partenaire.
2. La finance embarquée : quand les services bancaires s’invitent directement dans les outils professionnels
Après les vouchers et le besoin de cloisonnement numérique, l’autre tendance clé de la fintech tient à la “finance embarquée”. Elle fait référence à l’intégration croissante de fonctionnalités bancaires (paiement, crédit, assurance) directement au cœur d’applications qui n’appartiennent pas – du moins à l’origine – au monde de la finance.
Le mécanisme repose sur ce que les professionnels nomment le “Banking-as-a-Service”, ou BaaS. Pour faire simple, une banque met à disposition une interface de programmation (une “API” dans le jargon technique) qui va servir de prise murale, si l’on peut dire, à d’autres entreprises. Celles-ci se raccordent à cette prise pour intégrer des briques financières dans leurs propres services. Vous suivez ?
Ainsi, en se branchant à l’API d’une banque X :
- Une marketplace est en mesure de proposer un paiement en plusieurs fois financé par la banque X à ses clients directement dans son interface,
- Un logiciel de gestion destiné aux artisans peut embarquer un système de paiement instantané, à condition que l’artisan ait lui-même de l’argent à la banque X,
- Une application de livraison peut offrir une couverture d’assurance de la banque X à ses coursiers,
- Etc.
Le marché mondial de la finance embarquée devrait franchir les 138 milliards de dollars en 2026 selon le cabinet Juniper Research. Pour ce qui est de l’Europe, les projections tablent sur 100 milliards d’euros de revenus en Europe à l’horizon 2030.
3. Les paiements instantanés : la généralisation à toutes les transactions bancaires
Comme vous le savez certainement, un règlement européen a généralisé les paiements instantanés gratuits en janvier 2025 (pour être plus juste techniquement, la règle dit “au même prix que les virements classiques”…). Et cela a offert un vrai bol d’air frais aux services reposant sur le paiement temps réel, à toute heure du jour et de la nuit. Il était temps !
Aux États-Unis, le système FedNow déployé par la Réserve fédérale est déjà bien avancé, avec une extension aux banques et des coopératives de crédit. À l’échelle mondiale, plus de 80 juridictions représentant environ 95 % du PIB planétaire opèrent désormais des systèmes de paiement instantané. L’Europe accusait encore une fois un train de retard.
Ce nouveau cadre réglementaire profite notamment à Wero, la solution de paiement développée par le consortium European Payments Initiative (EPI). Wero permet d’envoyer et de recevoir de l’argent via des virements instantanés de compte à compte, en utilisant simplement un numéro de téléphone, une adresse e-mail ou un QR code généré par l’application.
En France, Wero a pris la relève de Paylib et revendique désormais plus de 40 millions d’utilisateurs enregistrés. Ce qui est intéressant à noter, c’est que le consortium EPI réunit les principales banques françaises (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE, Crédit Mutuel, La Banque Postale), aux côtés d’une poignée d’établissements allemands, belges et néerlandais. Le géant britannique Revolut l’a rejoint récemment.
En parallèle, l’Europe du Sud dispose de son propre écosystème baptisé EuroPA, qui fédère les systèmes Bizum (Espagne), MB Way (Portugal) et Bancomat (Italie). Pas toujours évident à suivre… Reste que ce consortium revendique plus de 50 millions d’utilisateurs et devrait prochainement intégrer Blik (Pologne), IRIS (Grèce) et Vipps MobilePay (pays nordiques).
Bonne nouvelle : en juin 2025, EPI et EuroPA ont annoncé travailler sur l’interopérabilité de leurs systèmes, avec l’ambition de permettre des paiements simples entre citoyens européens, qu’ils soient particuliers ou commerçants. C’est donc la tendance à suivre en 2026 : constituer une alternative européenne aux géants américains Visa et Mastercard.
4. Les wearables : des dispositifs connectés permettant de payer
Cette tendance clé est étroitement liée à la précédente. En effet, ces infrastructures de paiement instantané trouvent une expression concrète avec les objets du quotidien, les fameux “wearables” (objets connectés portables).
Vous connaissez certainement déjà Apple Pay sur l’Apple Watch et Google Pay sur les montres Android : elles permettent de régler un achat d’un simple mouvement du poignet, sans sortir téléphone ni carte. Ici, le terminal reconnaît la montre exactement comme il reconnaîtrait une carte sans contact. Pour l’utilisateur, la transaction se conclut en moins de deux secondes.
Au-delà des montres, d’autres dispositifs explorent ce terrain.
Les bagues connectées permettent de payer en approchant simplement la main du terminal (elles sont équipées de puces NFC), avec des fabricants comme McLEAR, Oura ou encore Samsung avec sa Galaxy Ring. Techniquement, la bague ne nécessite aucune recharge (la puce est alimentée par le terminal au moment du paiement) et se fait oublier au quotidien.
Les bracelets cashless constituent un autre cas d’usage, particulièrement répandu dans l’univers événementiel. De nombreux festivals français (Main Square, Lollapalooza Paris, Hellfest, Dub Camp) ont adopté ce système où chaque festivalier reçoit un bracelet équipé d’une puce NFC qu’il crédite en amont ou sur place. Une fois dans l’enceinte, ce bracelet sert à régler au restaurant, au bar, etc. À la fin de l’événement, le solde non dépensé peut être remboursé via une plateforme en ligne.
Dans tous les cas, le paiement par wearable n’engendre aucun coût supplémentaire pour le consommateur : les commissions sont identiques à celles d’un paiement par carte classique.
5. Les stablecoins : quand la crypto cherche la stabilité
Les cryptomonnaies comme le Bitcoin et Solana sont connues pour leur volatilité : leur cours peut osciller de plusieurs pourcents en quelques heures. La solution vient des stablecoins. Comme leur nom le suggère, il s’agit de cryptos à valeur stable, ou pour être plus précis : leur valeur est indexée à une devise traditionnelle comme le dollar américain (USD) ou l’euro (EUR).
Cela signifie qu’un stablecoin indexé sur le dollar est conçu pour garder à tout instant une valeur très proche d’un dollar. Une stabilité qui en fait un instrument très intéressant pour les les transferts internationaux. D’autant qu’un envoi de stablecoin coûte à peine quelques centimes par transaction sur un réseau comme Solana.
Ainsi, un stablecoin comme l’USDT (du bahaméen Tether) et l’USDC (de l’américain Circle) offrent une sérieuse concurrence aux banques. Ce n’est pas un hasard si l’année 2025 a vu leur capitalisation bondir de plus de 50 %. Les stablecoins en circulation ont franchi pour la première fois les 300 milliards de dollars. On estime que le cap du trillion est envisageable d’ici la fin 2026.
L’année 2025 a apporté des clarifications réglementaires décisives. En Europe, le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) encadre désormais l’émission et la circulation des stablecoins. Aux États-Unis, c’est le paquet réglementaire baptisé GENIUS Act qui a posé un cadre juridique pour ces actifs. Ces avancées offrent aux institutions financières un socle plus solide pour envisager des applications commerciales.
La mieux positionnée pour 2026 semble être Stripe, célèbre infrastructure de paiement qui équipe des millions de boutiques e-commerce et autres. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est Stripe qui s’occupe d’encaisser les paiements des clients avec différents moyens de règlement, et les reverse au commerçant. La société américaine avait surpris son monde en annonçant à l’été 2023 qu’elle acceptait le stablecoin USDC parmi les devises de paiement.
Une expérience qui l’a décidée à monter son propre stablecoin. Précision importante : un stablecoin circulant sur son propre réseau incubé en interne, baptisé Tempo. Une tendance clé à suivre.
Conclusion : des tendances et recompositions accélérées par l’IA
Voilà pour les cinq tendances clés de 2026. Comme on peut s’y attendre, les outils d’intelligence artificielle ne seront jamais loin. Ils seront particulièrement utiles dans la détection de fraude et le service client pour ces différents services financiers. On parle beaucoup d’IA “agentique” dans la finance, et à raison.
Ces assistants sont désormais capables non seulement d’analyser des données bancaires ou de formuler des réponses, mais d’exécuter des actions complètes de bout en bout. Pour le dire autrement : là où une IA conventionnelle suggère une réponse qu’un humain retravaille ensuite, une IA agentique peut réfléchir à un portefeuille de produits financiers pour un client, traiter un paiement, le reclasser, etc.
Par exemple, JPMorgan a mis en service son IA agentique baptisée LAW (pour “legal agentic workflows for custody and fund services contracts”) avec un succès bien réel. L’outil s’est montré capable de traiter des documents juridiques liés aux fonds de placement vendus aux clients avec une précision de près de 93 % !
Dans cet exemple, l’IA agentique ne se substitue pas encore au jugement de l’expert financier : elle est pensée pour démultiplier la portée en prenant en charge les tâches préparatoires et les demandes standardisées. Pour l’instant…
FAQ
Qu’est-ce que la fintech exactement ?
La fintech fait référence aux technologies mobilisées dans les services financiers : applications bancaires, mais aussi paiement mobile, cryptomonnaies, plateformes d’investissement ou encore solutions de crédit automatisées.
Les vouchers prépayés sont-ils sécurisés ?
Le principal risque réside dans la perte ou le vol du code avant utilisation, car le voucher fonctionne comme de l’argent liquide. En revanche, le paiement lui-même est sécurisé puisqu’aucune donnée bancaire n’est communiquée.
Faut-il un compte bancaire pour utiliser Apple Pay ou Google Pay ?
Oui, ces services requièrent l’association d’une carte bancaire (débit ou crédit) au portefeuille numérique du smartphone ou de la montre connectée.
Les stablecoins sont-ils garantis par les États ?
Non. Les stablecoins sont émis par des entreprises privées qui s’engagent à détenir des réserves équivalentes à la valeur en circulation, très souvent en dollars/euros conservés en banque et en bons du Trésor américain.






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